I. Une église née d’un rêve de marquis
A. Le projet du marquis Sosthène de Chateauvieux
Au milieu du XIXe siècle, le marquis Sosthène de Chateauvieux acquiert le domaine des Colimaçons à Saint-Leu. Animé par une profonde foi et une volonté de doter la région d’un édifice religieux emblématique, il conçoit lui-même les plans de l’église, inspirés du style néo-roman et de la Renaissance, avec une structure en croix latine.
Les travaux de construction débutent en 1860. La particularité de ce chantier repose sur la participation active des habitants locaux, sans le recours à des financements publics.
La première messe est célébrée à Noël 1864. La consécration officielle du bâtiment a lieu le 22 juillet 1866 par Mgr Maupoint, alors évêque de La Réunion.
B. Description architecturale
L’édifice se distingue par une construction en pierre de lave taillée, typique de La Réunion. Les voûtes en bois à croisées d’ogives, l’autel en marbre blanc de Carrare, ainsi que le dallage en marbre rose et blanc des Pyrénées confèrent à l’intérieur une grande élégance.
Le dôme du clocher a été ajouté en 1875, venant parachever l’ensemble architectural. L’église s’intègre ainsi parfaitement dans le paysage des hauteurs de Saint-Leu, et deviendra par la suite un symbole fort du patrimoine réunionnais.
II. Des épreuves naturelles à la renaissance
A. Le cyclone de 1928
En 1928, un violent cyclone frappe La Réunion, causant d’importants dégâts à l’église des Colimaçons. La charpente d’origine, réalisée en bois, est alors irréparable. La reconstruction s’effectue avec une charpente métallique pour offrir une meilleure résistance aux éléments, préservant ainsi le style architectural initial.
Après ces travaux importants, l’église est à nouveau consacrée en 1930, retrouvant sa place au cœur de la communauté de Saint-Leu.
B. Restauration et classement patrimonial
L’église des Colimaçons est classée monument historique le 5 juillet 1996, reconnaissant son importance pour le patrimoine réunionnais.
Une grande campagne de restauration est menée en 2010 : une soixantaine de nouveaux vitraux sont réalisés à Marseille par Alban de Chateauvieux, descendant du marquis, et installés pour sublimer la lumière et la spiritualité du sanctuaire.
III. Mémoire, archives et vie spirituelle contemporaine
A. Archives et traces du passé
De nombreux documents d’archives relatifs à la construction et à la vie de l’église des Colimaçons sont consultables à la Médiathèque du patrimoine et dans différents fonds publics. Ces archives comprennent des plans d’origine, arrêtés de classement, documents officiels, offrant une précieuse mémoire de l’évolution de l’édifice et de sa gestion patrimoniale.
La famille de Chateauvieux conserve également des archives privées et la gestion du domaine, dont l’église, tout en la mettant à disposition du diocèse pour les célébrations et la vie religieuse locale.
B. Fête du Sacré-Cœur et pèlerinages
Chaque année, la fête du Sacré-Cœur rassemble autour de l’église une grande foule de fidèles et de curieux, qui montent en pèlerinage sur les hauteurs de Saint-Leu. Cette journée festive, organisée quelques semaines après la Pentecôte, témoigne de la ferveur et du partage qui caractérisent la vie spirituelle contemporaine de ce lieu.
IV. Anecdotes et singularités
A. La “première pierre presque dernière”
Une anecdote locale raconte que l’évêque Maupoint, venu bénir l’église en 1865, aurait posé la première pierre alors que le bâtiment était pratiquement achevé. Ce geste symbolique incarne la ténacité et l’originalité du chantier entièrement réalisé par les habitants sous l’impulsion du marquis.
B. Un lien vivant entre foi et famille
Le marquis Sosthène de Chateauvieux repose dans le petit cimetière attenant à l’église, auprès de ses proches. Ce lieu demeure un centre de mémoire familiale et de spiritualité pour les descendants, tout en conservant son rôle central pour les habitants de Saint-Leu et les pèlerins de passage.
L’église des Colimaçons, au-delà de son rôle de monument religieux, incarne la rencontre du patrimoine réunionnais, de la nature et de la foi. Elle symbolise la persévérance d’une famille et d’une communauté dans la sauvegarde de leur histoire et de leur héritage spirituel.

