René Hoarau, figure emblématique des premiers colons de l’Isle Bourbon, est au centre d’un récit historique complexe. Des recherches récentes et des documents historiques redécouverts ont révélé des éléments qui corrigent ou complètent la version traditionnelle de son arrivée et de sa vie sur l’île. Contrairement à certaines idées reçues, René Hoarau n’est pas simplement arrivé en 1665 à bord du Taureau, mais son parcours jusqu’à l’installation à Bourbon est bien plus nuancé.
Origines et Départ de France
René Hoarau est né le 30 novembre 1639 à Menneville, dans le Pas-de-Calais, en France. Dans son acte de mariage, son nom est orthographié « Ouerou », ce qui montre déjà la variation orthographique qui entoure ce nom au fil des documents. Selon une version longtemps acceptée, René Hoarau serait arrivé à Bourbon le 9 juillet 1665 à bord du Taureau, un navire parti de Brest en mars de la même année. Cependant, cette version se heurte à plusieurs contradictions historiques.
Le 15 octobre 1665, René se marie à La Rochelle avec Marie Baudrie, originaire de Boulogne-sur-Mer, paroisse Saint-Nicolas. Ce mariage, attesté dans les registres de la paroisse Saint-Nicolas de La Rochelle, a lieu en même temps que celui de trois autres couples, tous en partance pour Madagascar. Ce détail rend peu probable une présence de René à Brest en mars 1665.
Une Arrivée Retardée à Bourbon
Il semble plus probable que René Hoarau, accompagné de sa nouvelle épouse Marie Baudrie, ait quitté La Rochelle en 1666 dans un convoi de quatre navires sous le commandement de François de Lopis, marquis de Montdevergues. Cette flotte avait pour mission de peupler le sud de Madagascar et l’Isle Bourbon. Après une traversée difficile au cours de laquelle près de deux tiers des passagers ont péri, ils atteignent finalement Bourbon en février 1667. Sur les 600 personnes initiales, seulement 200 survivent, dont René et Marie.
Installation et Vie à l’Isle Bourbon
René Hoarau s’installe à Bourbon où il devient rapidement une figure influente. Il est membre du Directoire de Saint-Paul de 1694 à 1696 aux côtés de personnalités telles que Louis Caron, François Mussard, Athanase Touchard, Lézin Rouillard et Antoine Payet. En 1678, il est recensé comme marié, avec quatre enfants, trois garçons et une fille, ainsi qu’un esclave marié avec deux enfants.
Le 1er octobre 1670, leur fils Estienne est baptisé à Bourbon, âgé de onze jours. L’acte de baptême précise que le parrain est Monsieur Regnault, commandant de l’île, et la marraine est Marie Léonarde Pille. Ce document est crucial pour confirmer la présence de René Hoarau et de sa famille sur l’île à cette époque, réfutant ainsi l’idée d’un mariage local en 1669.
En 1690, René obtient une concession de terres, dite « Le Fond de l’habitation », située entre l’Étang de Saint-Paul et La Montagne. Il y cultive du riz, du mil et des patates avec l’aide de onze esclaves. Sa réussite le propulse parmi les colons prospères de l’île, et sa famille devient rapidement influente.
Un Nom aux Origines Floues
L’orthographe du nom « Hoarau » a varié au fil des ans, et il est probable que René lui-même ne savait ni lire ni écrire. En 1678, lors d’une pétition adressée à Colbert par les colons de Bourbon, il signe d’une croix, comme huit autres signataires sur dix-huit. Le nom est alors épelé « Houarault », ce qui montre les fluctuations orthographiques courantes à l’époque.
Les recherches sur l’origine du nom « Hoarau » n’ont pas abouti à des conclusions définitives. Le nom pourrait avoir des origines flamandes ou germanique, mais aucune preuve concrète n’a été trouvée. Les archives de Boulogne-sur-Mer et de Calais mentionnent des individus portant des noms similaires, tels qu’une « Demoiselle Horeau » citée en 1634 ou un « adjoint au maire » de Calais avant la Révolution, mais ces indices restent fragmentaires.
Testament et Héritage
René Hoarau rédige son testament le 23 avril 1706, documentant l’inventaire de ses biens et organisant leur répartition entre ses enfants survivants. Il meurt peu de temps après, le 7 juillet 1706, à Saint-Paul, où il est inhumé. Son héritage matériel, mais aussi son influence sociale, se perpétuent à travers ses descendants.
La vie de René Hoarau est un exemple de la complexité des trajectoires individuelles dans le contexte colonial. Les révisions récentes de son histoire montrent qu’il n’était pas simplement un pionnier arrivé en 1665, mais un homme dont le parcours, marqué par la résilience et l’adaptation, a contribué à façonner la société de l’Isle Bourbon. Ces découvertes nous incitent à réévaluer d’autres récits similaires et à reconnaître la richesse des histoires personnelles dans l’étude de la colonisation.
