Famille Sosthène de Chateauvieux: Origines, Histoire et Patrimoine à La Réunion

I. Origines et appartenance familiale

La famille de Chateauvieux est une ancienne famille noble originaire de Bourgogne, plus précisément de Chevannes près d’Auxerre.
Portant le titre de marquis, elle vit longtemps dans le faste, avec un château et de vastes terres.
La Révolution française bouleverse cependant cet équilibre : le château et les domaines sont perdus, et les descendants doivent fuir, puis se reconstruire loin de leurs racines
[1].

Sosthène d’Armand de Chateauvieux, né dans ce contexte d’exil et de fragilité, bénéficie de la protection de la duchesse de Berry.
Il grandit à Paris, au collège Stanislas, où il reçoit une éducation solide.
Il hérite ainsi du monde de la noblesse, mais aussi de valeurs morales et chrétiennes qui marqueront profondément sa vie et celle de sa descendance
[2].

II. Arrivée et installation à La Réunion

À la recherche d’un nouveau destin, et fort de compétences en raffinage industriel du sucre, Sosthène de Chateauvieux est recruté vers 1830 par Charles Desbassayns, figure majeure de l’industrie sucrière réunionnaise
[1].
Il travaille d’abord pour son beau‑père, M. de Villèle, mais acquiert rapidement ses propres terres.

Il fonde alors le vaste domaine des Colimaçons à Saint‑Leu, véritable fief familial s’étendant du littoral jusqu’aux hauteurs.
Sur cette propriété, la famille fait construire plusieurs édifices : maisons d’habitation, ateliers, bâtiments agricoles.
S’y ajoute bientôt l’emblématique église du Sacré‑Cœur dite des Colimaçons, qui devient un repère spirituel et architectural important de la côte ouest
[3].

III. Motivation première et vocation

Animé par une foi catholique profonde et par un attachement croissant à sa terre d’adoption, Sosthène de Chateauvieux souhaite faire du domaine des Colimaçons un lieu d’élévation spirituelle.
Il voit dans ce site une occasion de remercier Dieu pour la beauté du paysage et pour l’abondance accordée à sa famille et aux travailleurs de la propriété
[3].

Sa motivation centrale est claire : ériger une grande église en pierre sur les hauteurs, comme un signe durable de reconnaissance.
Ne disposant pas des moyens nécessaires pour engager un architecte renommé, il conçoit lui‑même les plans de l’édifice.
Il dirige les travaux, mobilise sa famille et les habitants de Saint‑Leu, et transforme ce projet audacieux en réalité, pierre après pierre.

IV. Influence, héritage et évolution dans le temps

Le domaine des Colimaçons reste, pendant plusieurs générations, la propriété de la famille de Chateauvieux.
Celle‑ci s’illustre par son implication dans la vie politique locale : Sosthène devient maire de Saint‑Leu, participe aux décisions municipales et encourage l’innovation agricole et botanique sur ses terres
[1].

Dans les années 1980, la majeure partie du domaine est vendue.
Les descendants choisissent toutefois de conserver l’église, qui demeure leur propriété privée tout en étant mise à disposition du diocèse pour le culte.
Ce choix entretient un lien fort entre la famille, le patrimoine religieux et la communauté locale.

Aujourd’hui encore, l’esprit d’engagement, la transmission de valeurs chrétiennes et la volonté de préserver le patrimoine animent cette lignée.
Les héritiers veillent à la sauvegarde de l’édifice, à son entretien et à son intégration dans la vie culturelle et spirituelle de La Réunion
[3].

La famille Sosthène de Chateauvieux incarne ainsi la résilience et l’engagement.
Elle puise dans son héritage européen la force de bâtir, sur l’île, un projet familial et spirituel singulier.
Son parcours témoigne d’un lien vivant entre histoire, foi, patrimoine et adaptation à une société réunionnaise métissée.

Sources

  1. 1. Archives départementales de La Réunion, dossiers sur le domaine des Colimaçons et la famille de Chateauvieux.
  2. 2. Notices biographiques et études généalogiques sur la famille d’Armand de Chateauvieux, publiées dans les bulletins historiques locaux.
  3. 3. Ouvrages et articles consacrés à l’Église du Sacré‑Cœur des Colimaçons et à l’architecture religieuse de Saint‑Leu au XIXe siècle.