La Réunion n’a pas eu le temps de souffler. À peine remise des secousses venues des profondeurs de la terre, c’est maintenant la colère du ciel qui menace. En l’espace de trois jours, l’île passe d’une alerte à une autre, dans une tension croissante.
Le jeudi 17 janvier, après plusieurs semaines d’angoisse volcanique, la préfecture lève enfin l’état d’alerte. Mais le répit sera de courte durée. Le dimanche 20 janvier à 13h, un nouveau communiqué tombe : La Réunion entre en état de vigilance cyclonique. À ce moment-là, le ciel est simplement couvert, l’air agité… mais derrière les écrans radar, une menace grandit.
Depuis cinq jours, les météorologues surveillent une dépression tropicale née au nord-est de l’île. Son nom : Dina. Un système en apparence anodin, mais qui va se transformer en un cyclone tropical intense et devenir l’un des plus violents depuis Firinga en 1989.
La pluie commence à tomber. L’eau ruisselle, les rivières gonflent. Dina se renforce rapidement, atteignant des vents moyens de 215 km/h avec des rafales à 290 km/h. Le lundi 21 janvier à 13h, l’île passe en alerte orange. Dina n’est plus qu’à 450 kilomètres des côtes. L’inquiétude monte.
Dans les rues, les visages se ferment. On rentre plus vite, on se prépare. Réserves d’eau, piles, bougies : les magasins sont pris d’assaut. Tout le monde sait qu’il faudra rester enfermé jusqu’à la fin de la tempête. La mer devient monstrueuse. À Saint-Pierre, des vagues de plus de 9 mètres s’écrasent sur le rivage.
Le mardi 22 janvier à 8h, la décision tombe : alerte rouge. Plus personne ne doit circuler. Les rues se vident. Dina continue sa route, et au dernier moment, elle modifie légèrement sa trajectoire : l’œil du cyclone ne touchera pas directement l’île. Mais l’épreuve reste terrible.
Le cyclone frôle l’île à 65 km au nord-nord-ouest. Les vents dépassent 180 km/h sur le littoral, grimpant jusqu’à 300 km/h au Maïdo. Le Gîte de Bellecombe enregistre des pointes à 210 km/h. Les torrents débordent, les ravines déversent leur colère en gerbes fracassantes.
Dina n’est pas un cyclone de pluie comme Hyacinthe, mais il déverse tout de même des cumuls importants : 500 mm à Saint-Denis, 740 mm à la Plaine des Cafres, et un impressionnant 1610 mm à Salazie. Le voile de la mariée s’y transforme en rideau d’eau majestueux.
Le lendemain matin, l’île découvre l’étendue des dégâts. Il n’y a pas de victimes humaines, mais les pertes matérielles sont immenses. À Saint-Denis, le jardin de l’État est ravagé, ses arbres centenaires déracinés. La rue de Paris est méconnaissable, et la grille du palais de la Source complètement détruite.
Le réseau électrique est en miettes : plus de 100 000 personnes privées d’électricité. 13 000 lignes téléphoniques coupées, 180 000 sans eau. Les antennes de radio et télévision sont tombées. Des routes entières sont obstruées par les débris et les arbres couchés.
Plus de 2 000 sinistrés trouvent refuge dans les centres d’hébergement. Des cases traditionnelles comme des habitations récentes ont été détruites. Les plantations sont anéanties, les élevages sinistrés. Le bilan économique s’élève à des dizaines de millions d’euros.
À Cilaos, les cryptomerias sont brisés comme des allumettes. Plus bas, deux portions de la route du cirque ont disparu, coupant le village du reste de l’île. Une piste de secours sera ouverte pour les véhicules tout-terrain.
Aussi vite qu’il est venu, Dina repart. Mais il laisse derrière lui une île bouleversée. Il aura fallu quelques heures de rage pour balayer des années de travail. Dina entre dans l’histoire des cyclones réunionnais, comme un souvenir marquant de la fragilité d’un territoire exposé à la puissance des éléments.