Louise Siariane : Une Matriarche de l'Île de la Réunion

photo d'illustration

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Louise Siariane, Siaram, Xiaram ou encore Tsiaranana, fait partie d’une vague d’émigration de Fort-Dauphin vers l’île Bourbon à la suite du massacre du 26 août 1674. Ce jour-là, une insurrection de 2000 villageois malgaches contre les colons français éclate, entraînant la mort de plus de la moitié des villageois et la fuite de seulement 63 survivants. Parmi eux, Louise Siariane, son compagnon français Étienne Grondin, probablement soldat, et leur petit garçon François. Le couple traverse de nombreuses épreuves dans l’océan Indien, passant par le Mozambique et l’Inde avant de débarquer à l’île Bourbon en mai 1676 à bord du Saint-Robert.

Étienne Grondin, originaire probablement du Poitou-Charentes, décède peu de temps après leur arrivée, vraisemblablement en 1677, laissant Louise veuve. Louise se remarie alors avec Antoine Payet, dit La Roche, un ancien soldat de Madagascar originaire du Dauphiné (1640-1710). Ensemble, ils s’installent à Saint-Paul et auront dix enfants. François Grondin, le fils de Louise et d’Étienne, est élevé par son beau-père Antoine et grandit avec ses demi-frères et demi-sœurs. À 24 ans, François épouse Jeanne Arnould, une jeune créole mulâtresse, avec qui il aura 14 enfants. Les Grondin et les Payet sont ainsi étroitement liés dès les débuts de la colonisation de l’île.

François Grondin sera à l’origine de tous les Grondin, In, et Ein de l’île de la Réunion. Son fils François II aura 18 enfants de deux mariages, tandis que son autre fils Denis en aura 16 de ses deux épouses. Du côté des Payet, les onze enfants d’Antoine et de Louise donneront naissance à 93 petits-enfants, dont 56 porteront le nom de Payet. Germain Payet aura 16 enfants, Antoine II en aura 14, Laurent 11, Daniel 8, et Hyacinthe 6, bien que ces trois derniers soient emportés jeunes par la grande épidémie de variole de 1729.

Louise Siariane, grâce à sa descendance prolifique, est souvent considérée comme la grand-mère malgache des Réunionnaises. Elle est réputée pour sa sagesse, sa bonté, et sa force de travail. Elle vit simplement aux côtés de la nature, influençant notablement l’alimentation locale en mettant en avant le riz, plus facile à conserver que le blé. En plus de l’agriculture, la famille cultive de la canne à sucre pour produire de l’arak, une eau-de-vie, et possède un élevage de 60 bœufs, 50 cabris, et 12 cochons.

Louise Siariane s’éteint le 24 septembre 1705 à l’âge de 60 ans, laissant derrière elle une grande famille et un héritage durable. Ses descendants incluent des figures notables comme Roland Garros, le docteur Raymond Vergès, Raymond Barre, les écrivains Marius et Ary Leblond, et Mgr Aubry, le premier évêque réunionnais. Les noms Grondin et Payet se sont également exportés aux Seychelles, en Nouvelle-Calédonie, et en Guyane.

Louise Siariane demeure une figure emblématique de la résilience et de la sagesse, une véritable matriarche dont l’héritage continue de marquer l’histoire de la Réunion.